jeudi 8 juin 2017

Affiche tu t'en fiches

En période électectorale, les rotatives tournent 24/24 pour sortir des affiches où les candidats ressemblent à des chipolatas tellement ils sont rouges. Il faut dire qu'ils n'ont pour la plupart pas les moyens de se payer les services d'un professionnel (Ils sont tellement inutiles vous savez). Résultat, il font des tofs eux-mêmes avec leur téléphone au fond du couloir devant la porte des chiottes, là où il y a une belle lumière toute verte à cause des néons qui clignotent au plafond. Certains s'imaginent que en passant en noir et blanc (qui est très stylé, surtout en quadri), ils vont transformer leur photo de merde en truc bien. Mais nan, c'est toujours de la merde. Et de toutes façon, ils ne seront pas élus.  Alors who cares ?
Pourtant dans ELLE Australie, on t'explique que la dernière une du magazine a été shootée avec un Iphone 7S et eux ils y arrivent bien ! Alors c'est quoi ce bordel ? Ah oui mais là c'est différent. C'est un professionnel qui a réalisé cette jolie photo de Margaret Zhang une fille qui passe sa vie à changer de tenue et à poster sa tronche sur Instagram. Alors si j'ai bien suivi cette histoire. tout est arrivé par hasard sans l'ombre d'un calcul et c'est même pas Apple qui a payé pour se faire de la pub et fourguer son smart-phone à 1000 dollars à des armadas de fashionnistas en délire.  Si ça se trouve, le photographe qui a fait cette photo, il avait juste oublié son appareil ce jour-là et il s'est dit je vais la faire avec mon IPhone 7S et les connasses de photo editors de ELLE et ben elles verront pas la différence ! « Il y a une chose qui m’a frappé, c’était à quel point il était libérateur de shooter et de ne pas me préoccuper des lentilles, des trépieds, du rattachement à un ordinateur », a déclaré le photographe.
Ouais ! Et ta soeur ?
Rappelez-vous, que le coup de l'IPhone, on nous l'avais déjà fait en 2012 avec le 4S (j'en avais parlé ici), avec la couv de TIME magazine sur l'ouragan Sandy déjà réalisé par hasard par un professionnel qui avait peur de mouiller son D4. Après ça, ils ont même envoyé des types faire du reportage de guerre en Irak avec leur téléphone. Au bout de 6 mois, ils ont arrêté ces conneries parce que les mecs avaient explosé leurs forfaits et leur smart-phone était tout rayé à cause du désert.  Mais ça m'étonnerait qu'on ne retrouve pas l'IPhone 8 dans la station spatiale de Thomas Pesquet ou un truc comme-ça. Ben ouais ! Si il l'oublie dans sa poche au moment décoller !

Frozen Piglet


mercredi 10 mai 2017

Tout est mini dans notre vie

Avant de partir pour mieux revenir dans quelques semaines toute auréolé des atours d'une nouvelle fausse majorité lavée à l'eau tiède, le microcosme politique, tous bords confondus, a commis une dernière saloperie vis à vis de notre corporation qui en a déjà connu tellement. Après des années d'atermoiements et de négociations à sens unique, les représentants des diffuseurs de presse ont obtenu  la déchéance de notre métier. Ceux qui nous ont constamment spolié de nos droits sur notre travail, ceux qui nous ont volé notre statut, ceux qui nous ont exclu des dispositions propres à la convention collective des journalistes en nous payant en Agessa, ceux qui nous ont obligé à signer des contrats actant le reniement de nos droits, ceux-là ont obtenu du pouvoir politique, la signature d'un décret instituant une rémunération dite "minimum" de 60 euros bruts pour une prise de vue professionnelle, se déroulant sur 5 heures de temps (sans tenir compte du temps passé en post-prod). En validant ce processus dégueulasse, le pouvoir politique complice signe la mort de notre profession et ajoute à l'humiliation, le mépris. Notre métier sera sûrement remplacé un jour par une autre activité qui consistera à produire des images en étant connecté à une plate-forme digitale Uber-like pour 1 200 euros bruts par mois avant prélèvements, sans lien de subordination et dans la précarité la plus totale (genre New Zulu). En attendant, les représentants de éditeurs de presse vont pouvoir faire péter le champagne, en se gobergeant avec leurs copains actionnaires milliardaires. Ils ont enfin réussi à extirper cette écharde qu'ils avaient dans le pied depuis tant d'années et peuvent s'attaquer maintenant aux autres métiers de la presse avec entrain. Désormais, les images réalisées par les professionnels de la photographie ne valent plus rien et c'est même gravé dans le marbre par la République Française. Cette année, c'est sûr je ne ferai pas de post pour me foutre de la gueule de Télérama et de son article sur la mort du photo-journalisme, une semaine avant VISA pour l'image. En attendant, un tiers des entrées sur ce blog arrive par Google et la question: " Combien gagne un photographe ? ".
Bonne chance à la nouvelle France d'Emmanuel Macron. Elle va en avoir besoin.

Frozen Piglet

Si l'on met à part les photographes mensualisés (ils sont 460 au total) dans les agences de presse, la presse quotidienne régionale (pour la plupart) et les publications d'infos générales (quotidiens, hebdos, mensuels), selon les chiffres 2016 de la Commission de la Carte d'identité des Journalistes Professionnels, il reste aujourd'hui pour toute la France, 244 reporters-photographes pigistes, titulaires de la carte de presse. Ils étaient 300 en 2014 et 518 en 2007. Ce sont eux et seulement eux qui sont visés par ce décret qui les jette encore un peu plus dans la précarité.
Ni fleurs, ni couronnes. Merci

vendredi 28 avril 2017

La complainte du progrès

Après une longue absence, je reviens  doucement sur mon gentil petit blog. À vrai dire, il m'a beaucoup manqué. Je dois être le dernier à le lire (vous savez bien que je suis schizophrène, c'est pratique), surtout les trucs que j'écrivais il y a 3 ou 5 ans. Des fois, ça me fait marrer. Mais aujourd'hui, c'est parce que je dois travailler 2 fois plus pour gagner 2 fois moins que je ne trouve plus le temps de poster. Dommage, parce que j'aime bien décrire les absurdités de ce métier et me foutre de la gueule du monde en général. En fait, je crois que ce début de siècle restera marqué pour toujours et partout par le "sacre des amateurs". Ça tombe bien, je suis autodidacte (d'ailleurs ce mot je l'ai appris tout seul). Moi ma petite révolution culturelle personnelle, je l'ai déjà opérée il y a longtemps. Pas sur les conseils des têtes de noeud qui prétendent commenter le changement de paradigme d'un monde auquel ils ne comprennent rien, ou selon les théories de l'évolution du travail des sociologues du dimanche, mais juste par réalisme pragmatique et économique aussi. Hein ? Bah ouais t'es con ou quoi ? 


Mon plus beau coup de l'année 2017 qui vient à peine de commencer restera sans aucun doute une prise de vues sans photos, mais avec un selfie à 6000 euros pour immortaliser mon licenciement d'une collaboration régulière vieille de 7 ans avec un groupe de presse défunt. Non je déconne.  Mais le vrai saut dans l'inconnu pour moi, cela a été le passage à la rédaction d'articles il y a plusieurs années déjà. Un changement dont je me suis parfaitement accommodé (même si au début j'en ai chié comme un russe au Congo) à tel point qu'elle représente aujourd'hui les 2/3 de mon activité tellement j'chuis doué.
Tout ceci s'est déroulé en même temps que le feu de paille du web et des réseaux sociaux. Un feu violent qui m'a tout de même procuré de belles satisfactions en me permettant de vendre des photos aux USA et en Corée du Sud, au Japon et en chine, en Italie et en Allemagne, en Espagne et en Russie. Depuis, la source s'est tarie grâce aux petits minables qui donnent leurs mauvaises photos pour de mauvaises raisons à des gens qui les acceptent à une seule condition, celle de ne rien payer. Alors bien sûr j'ai encore quelques collaborations de photographe avec des titres de presse, mais elles sont forcément sous tension compte tenu de mes rapports assez merdiques avec des petits chefaillons qui prétendent (ré)utiliser mes photos ou même les filer à leurs copains sans rien payer. Le corporate, j'ai arrêté il y a 2 ans après avoir travaillé pour les grandes agences de communication et aussi une foultitude de petites qui ont fini au tribunal de commerce pour la plupart. Rien de bien intéressant à attendre dorénavant.
Du côté des agences, ce n'est guère mieux. J'ai signé il y a un peu plus d'un an dans 2 agences. Une anglaise worldwide très grosse orientée news et illustration et une agence française qui fout à la poubelle les 2 tiers de ce que je lui envoie. 12 mois après, j'ai 3000 photos en ligne, quand il m'en faudrait 30 000 pour dégager un revenu significatif. Grosse différence avec "avant", c'est aujourd'hui le photographe qui supporte l'indexation (mots clés, légendes) au nom du transfert de la charge de travail sans contrepartie. Mais surtout, il supporte seul l'intégralité de la responsabilité en cas de recours (droit à l'image ou autre problème lié à la propriété) avec des contrats abscons qui changent tout le temps et qui sont rédigés en anglais. Incroyable quand on voit les prix pratiqués et la part photographe qui varie entre 50 et 30% en fonction des circuits et de la présence d'intermédiaires inutiles. Les tarifs pratiqués sont souvent de 25 à 35 US Dollars avec une moyenne tirée vers le bas par des offres promotionnelles et des bundles (des procédés de merde empruntés aux connards des banques d'images à 1 euro et aux chinois). Alors bien sûr il y a des ventes à 100 US Dollars, mais elles sont rares et celles à 1000 US Dollars encore plus rares. Après cela, il y a des jeunes professionnels qui pensent que tout va bien parce qu'ils ont vendu 3 reportages à Télérama et qu'il ont 5 pages dans le magazine de la fédération du BTP. Les pauvres, s'ils savaient ce qui les attend ... Je vous le dis, en dehors d'un immense talent, la première qualité du photo-journaliste, c'est de durer et pour une toute petite partie d'entre-eux d'éviter si possible de se faire tuer. Voilà un petit tour d'horizon du métier aujourd'hui et croyez-moi, c'est pas facile, surtout quand on a connu des temps meilleurs.
Vous remarquerez que je ne vous parle pas des élections. Parce que j'en ai rien à foutre de savoir pour qui vous votez d'une part. Et parce que vous-même n'en avez rien à foutre de savoir pour qui je vote d'autre part. Comme je vous comprend. Rappelez-vous que dans ce monde ou seul le profit compte, seuls les plus imaginatifs survivront. Pas nécessairement les plus talentueux.

Frozen Piglet

Juste un petit conseil: avant de voter pour un candidat, demandez-vous toujours si vous lui achèteriez une voiture d'occasion

Gif animé par le Tampographe Sardon (j'adore son travail), pardon pour l'emprunt !

























mardi 21 février 2017

Fromage 0%




Des fois, le samedi je fais des photos de mode pour un magazine danois et le lundi suivant, je suis en reportage dans une usine de yaourts. C'est beau non ? C'est pour ça que j'aime mon métier. Tout les jours il m'apprend l'humilité et la schizophrénie. Ouais oh ça va hein ! Que celui qui n'a pas fait de photos dans une usine de produits laitiers me jette la première pierre et en plus, je suis rentré avec une glacière remplie de petits-suisses. Quoi ? Tu es allergique aux produits laitiers ? Moi j'aime les vaches et elles aussi on veut les remplacer. Non mais moi ce qui me fait peur  en fait, c'est les gens qui te disent que eux aussi ils font des photos et qui ne voient pas en quoi mon opinion sur le sujet serait plus légitime que la leur, vu qu'il ont un petit Canon acheté en promo chez Carrefour. Ces gars-là, ils me font penser à Donald Trump. Ils sont tous de la même école internationale de connards diplômés. Je les emmerde.

FP 

vendredi 6 janvier 2017

Sex and drugs and Rock&Roll








Les temps sont durs. Le drapeau noir flotte sur la marmite. On en chie tous comme des russes au Congo. Tiens ! Pourquoi ne pas poser pour des photographes de banques d'images pour des illustrations stéréotypées passe-partout ? Après tout qu'est-ce que je risque ? Bah rien du tout ma chérie ! Si ce n'est le fait de te retrouver en pyjama, sur le site d'un des plus grands quotidiens anglais illustrant une histoire bien crade de fantasme de partouze avec des vieillards obèses, qui devient virale. Oh la chance ! Bon évidemment, tu pourras toujours te retourner contre le photographe, cet enculé qui vient de gagner 2 US dollars au Casino ou même contre la banque d'image de droit américain domiciliée au Luxembourg, ou encore contre The Gardian, mais ça va pas être facile de Slovénie où tu poses pour 20 euros la journée de 12h00, pour mettre du beurre dans le bortsch (on voit que tu es au régime basses calories ! Faut manger ma cocotte !) et payer tes études d'ingénieur en mécanique des fluides. Bon ça va ! Fais pas ta mijaurée hein ? Après tout, c'est bien ça que tu voulais ! Qu'on connaisse ta trombine dans le monde entier. Eh ben voilà, c'est fait ! Si tu veux, tu peux même filer ton adresse ou ton mail dans un comment sur le post du Guardian ! Ben ouais ! Sinon ils vont t'écrire où tes admirateurs vieux et obèses pour t'envoyer leurs propositions de rendez-vous ? T'es con ou quoi ?

Frozen Piglet

Merci au lecteur qui m'a filé le plan
Si je pouvais être payé pour écrire toutes ces conneries, à vrai dire, ça m'arrangerait.





Une autre pour la route
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